
Réfugiés Ukrainiens en Pologne
Témoignages de familles et actions de l'ONG Med'EqualiTeam
Novembre / décembre 2022
Un afflux massif dès le début du conflit
Dès le début du conflit en Ukraine, les réfugiés Ukrainiens ont afflué en Pologne. C’est le pays qui accueille la plus grande population de réfugiés, avec plus de 1,5 millions de personnes, contre moins de 120 000 en France à titre de comparaison.
Au total, le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (UNHCR) comptabilise plus de 8 millions de réfugiés Ukrainiens (chiffre en février 2023).
En comptant les déplacements des familles à l’intérieur de l’Ukraine, c’est plus d’un quart de la population du pays qui a dû fuir son foyer.
Ce nouveau déplacement de population massif représente un record sur une si courte période, venant s’ajouter au contexte de migration de populations en Europe, en provenance de Syrie, Afghanistan, Afrique.
La réaction des pays hôtes a cependant été différente au regard des dernières vagues de migration, en abordant l’accueil des populations ukrainiennes avec un traitement différent.
Une solidarité « de voisinage », qui a conduit les institutions nationales et européennes à faciliter les démarches administratives pour offrir un statut réglementaire aux nouveaux arrivants. Que ce soit pour la délivrance d’un titre de séjour renouvelable, d’un accès au droit au travail, des solutions d’hébergement, la possibilité de scolarisation des enfants ou d’obtention de cours de langues pour les adultes, les facilitations ont été nombreuses.
Cette solidarité s’est également traduite au niveau des populations accueillantes. L’exemple de la Pologne est particulièrement significatif.
En tant que pays frontalier, la Pologne a dû faire face à un afflux massif, rapide, et inattendu, dès février 2022. Un véritable exode a eu lieu dès les premières semaines. (660 000 Ukrainiens ont fui leur pays en seulement 6 jours !)
Des centres d’hébergement de loisirs, des hôtels, des résidences étudiantes en Université, se sont transformés en centre de réfugiés et le sont toujours, un an après.
Ce reportage recueille de nombreux témoignages à travers les regards croisés de familles de réfugiés, de responsables d’hébergement et médecins de l’ONG Med’EqualiTeam.

Marcella, médecin Anglaise, volontaire pour Med'EqualiTeam devant le centre de réfugiés Pod Kominem, initialement un hôtel
L'ONG Med'EqualiTeam
Med’EqualiTeam est une ONG Française qui a pour mission de procurer des soins de santé gratuits aux populations vulnérables et déplacées, lorsqu'elles font face à des obstacles financiers, sociaux et logistiques dans leurs parcours d’accès aux soins.
Med'EqualiTeam a pour objectif de fournir des soins de santé primaires aux réfugiés, de soulager les services médicaux locaux et d'être un point de contact neutre, indépendant et digne de confiance pour les problèmes de santé et de soins pour tous réfugiés.
Les principaux obstacles rencontrés par les réfugiés sont le manque de médecins disponibles, de services de traduction, de pièces d'identité et de documents médicaux, le financement, la confiance ou la compréhension des services locaux et la distance jusqu'aux cliniques. En outre, la charge mentale du déplacement, souvent associée à l'espoir d'un retour proche dans leur pays d'origine, entraîne souvent des retards dangereux dans la recherche d'une assistance médicale.
L'afflux d'un grand nombre de réfugiés, tant dans les centres urbains que dans les zones rurales, épuise la capacité des services médicaux locaux et peut menacer la bonne volonté de la population locale envers les réfugiés. En apportant un soulagement aux services médicaux locaux, Med'EqualiTeam contribue à réduire les tensions et la fatigue liées aux scénarios de déplacement de longue durée.
Vidéo de présentation des activités de Med'EqualiTeam en Pologne, et d'appel aux dons
Interview de Svenja, médecin allemande, volontaire à Med'EqualiTeam
Interview de Demyd, interprète Ukrainien pour Med'EqualiTeam

Banderoza, initialement centre de loisirs pour l'accueil d'enfants Polonais à Głuchołazy, est aujourd'hui transformé en centre de réfugiés.
Les centres de réfugiés
SOKRATES, le centre universitaire, à Opole
Initialement résidence universitaire à Opole, elle est aujourd'hui transformée en centre de réfugiés. Au départ, dans l'urgence, le gymnase servait à recevoir le flot de personnes arrivant de la frontière.
Quelques mois plus tard, les réfugiés ne sont plus accueillis dans le gymnase. Ce sont les chambres d'étudiants de 10m² qui servent de logement pour les familles. Une grande salle sert encore de dortoir pour les nouveaux arrivants ou les personnes en transit.
Banderoza, le centre de loisirs à Głuchołazy
Palace, l'hôtel de charme d'un couple germano-ukrainien
Interview de Martina, responsable de l'accueil du centre de loisirs de Banderoza, transformé en centre d'accueil de refugiés.
Głuchołazy
Les témoignages de familles de réfugiés
Halina et sa famille, hébergées au centre universitaire Sokrates à Opole :
- "Nous sommes arrivés en février 2022 à Sokrates, avec seulement un sac à dos! Nous pensions rester à peine 1 mois en Pologne, et repartir chez nous... Il y avait déjà une petite minorité ukrainienne à Opole, et il était rassurant d'avoir une petite communauté autour de nous. En plus nous avions une amie dont les parents étaient morts sur une mine à Kherson il y a 6 mois. Elle avait besoin de soutien moral."
Halina, c'est la "Boss" à Sokrates, surnom affectueux attribué par la communauté des ukrainiens réfugiés ici.
- "Nous nous investissons beaucoup pour que les personnes vivent au mieux cette période particulière. S'il y a des conflits, et cela arrive, chacun joue le rôle de médiateur pour apaiser les tensions. En fait, ce soutien fort, cette solidarité qui existe entre les Ukrainiens, c'est assez nouveau pour nous. Cette guerre a créé une solidarité inédite entre nous. Vivre dans cette promiscuité, dans ce type de centre, cela crée des conditions de vie particulières et cela soude les gens entre eux."
Ce ressenti est probablement partagé à l'échelle du pays entier et représente le terreau de l'inattendue résistance du peuple Ukrainien. Cette solidarité nouvelle puise sa force des différentes formes d'agressions menées par la Russie. Plus elles visent les civils, plus la solidarité et le sentiment patriotique se renforcent. Selon Olena, les Russes ont quasiment créé eux-mêmes une "marque ukrainienne".
- "On n'a jamais autant parlé de l'Ukraine dans le monde, avec un élan de solidarité incroyable. Nous ne remercierons jamais assez les gens qui nous soutiennent, les Polonais en premier lieu."

Olya, 16 ans, réfugiée au centre Banderoza : entre un futur en Pologne et des rêves brisés en Ukraine
Olya a fui Vinnytsia en Ukraine, il y a dix mois avec sa mère, sa grand-mère et sa sœur. "Je me sentais comme sans foyer, arrivée nulle part, sans savoir quoi faire", confie-t-elle. Pendant ce temps, son père est resté en Ukraine, travaillant dans un garage automobile. Mais l’instabilité de l’approvisionnement électrique menace son emploi. "Il n’y a de la lumière que quatre heures par jour, parfois moins. Bientôt, il n’aura plus de travail."
En Pologne, Olya poursuit ses études dans un lycée. "Au début, c’était très difficile avec la langue parce que tous les cours sont en polonais, mais ça devient de plus en plus facile", raconte-t-elle. Quand nous sommes arrivés à Banderoza, je ne connaissais personne. Pas une amie... Aujourd'hui, nous sommes toutes les 3 inséparables, on se soutient beaucoup mutuellement. En plus, nous sommes dans la même classe et ça aide beaucoup. Je leur suis tellement reconnaissante."
Avant la guerre, Olya rêvait de terminer son 9ᵉ grade en Ukraine avant de partir étudier en Pologne. "Je suis contente d’être ici, mais je ne voulais pas que cela se passe si tôt et dans ces conditions." Aujourd’hui, bien qu’elle envisage de rester en Pologne pour l’université, son cœur reste attaché à son pays natal. "Je veux étudier, mais je veux aussi rentrer chez moi."
À travers ce témoignage, Olya partage la douleur du déracinement, mais aussi la résilience d'une jeunesse en quête d'un avenir, tiraillée entre l’espoir et l’attachement à sa terre d’origine.

Natalya, l'ancienne hôtesse de l'air, réfugiée à Sokrates, Opole : "reconstruire sa vie loin des bombes"

Originaire d'un petit village près de Kyiv, Natalya a quitté l'Ukraine deux jours après le début de la guerre avec ses deux filles. "Nous avons fui immédiatement après les premières frappes de roquettes. Les explosions étaient visibles depuis nos fenêtres, le feu et la destruction tout près. Cette même nuit, j'ai décidé de partir avec mes enfants", se remémore-t-elle. La traversée jusqu'à la frontière a pris deux jours en raison des longues files d'attente.
La famille a d'abord trouvé refuge à Varsovie avant de s'installer à Opole, où des centres d'aide aux réfugiés leur ont fourni un logement. Tandis que sa fille aînée poursuit ses études à l'Université de Technologie d'Opole, Natalya, elle, suit un cursus universitaire à plein temps en Pologne. Elle espère ainsi surmonter la barrière de la langue et obtenir des qualifications reconnues dans ce nouveau pays.
"En Ukraine, je travaillais comme hôtesse de l'air, mais ici, c'est impossible. Je n'ai personne pour garder ma plus jeune fille, et mes diplômes ne sont pas reconnus en Europe", explique Natalya. Malgré cela, elle est déterminée à repartir de zéro : "Je cherche un travail à temps partiel en parallèle de mes études."
L'exil n'est pas sans difficultés. Natalya évoque les coûts élevés du logement si elle devait en trouver un. Consulter des médecins (entre les longues attentes et la barrière de la langue) serait également très compliqué sans Med'EqualiTeam. Les défis de l'intégration, pour une immigration non choisie, sont colossaux. Mais elle exprime une immense gratitude envers ceux qui l’ont aidée en chemin. "Les étudiants, les locaux, les médecins... tant de personnes nous ont tendu la main. C’est un soutien inestimable", confie-t-elle.
Natalya raconte aussi le traumatisme persistant : "Même ici, je me surprends à me réveiller en panique, comme si je devais courir vers un abri. Apprendre à dormir en paix est un long processus."
Avec courage et résilience, Natalya s’efforce de reconstruire sa vie tout en espérant un jour pouvoir retourner chez elle, dans une Ukraine en paix. "Je suis infiniment reconnaissante pour l’aide que nous avons reçue. Cela me donne l’espoir qu’un avenir meilleur est possible."

Artyom, 17 ans : une jeunesse ukrainienne entre exil en Pologne et espoir pour l'avenir
Artyom a quitté sa ville natale de Zaporijjia quelques jours après le début de la guerre en Ukraine pour trouver refuge en Pologne. Depuis le 27 février 2022, il vit dans le dortoir de Sokrates à Opole avec sa mère, sa sœur et son neveu. "Nous avons tout laissé derrière nous. Je voulais étudier à l'Université nationale de droit Yaroslav Mudryi à Kharkiv, mais la guerre a brisé ces projets", raconte-t-il.
Malgré un accueil généreux de la Pologne – logement gratuit, aide alimentaire et éducation accessible – les défis restent immenses. "Ma mère, qui travaillait en maternelle, n’est pas habituée aux travaux physiques, mais ici, elle n’a trouvé que des emplois durs en usine. Ma sœur, qui vivait paisiblement avec son mari en Ukraine, doit maintenant élever son enfant dans un dortoir."
"Pour la jeune génération comme moi, c'est plus facile de s'adapter, d'apprendre la langue. D'abord l'anglais, et petit à petit le Polonais. Nos langues ont pas mal de similitudes, ce qui facilite l'apprentissage".
Artyom s'inquiète aussi pour les membres de sa famille restés en Ukraine, dont son père, par obligation, et sa grand-mère, qui n’a pas pu entreprendre un voyage trop pénible pour elle. "Je suis inquiet parce que aucune ville n'est jamais sûre. Partout, il y a des bombardements, à Kiev, Lviv, Zaporijjia. Personne ne sait quand tout cela s’arrêtera." Malgré ces épreuves, il garde une vision optimiste de l’avenir : "Je veux contribuer à la science, continuer à apprendre, et un jour retourner en Ukraine pour aider à reconstruire mon pays."
